Duvillier, peintre cénesthésique, Eurogalerie Octobre - Décembre 1967
Pour ma première exposition particulière, j'ai choisi Duvillier. Ce grand peintre est pour moi celui qui reflète le mieux l'art cénesthésique, donc la totalité d'une peinture correspondant à la totalité d'un être en devenir et son authenticité !
La peinture de Duvillier est simultanément connaissance et expression, découverte d'une possibilité d'être et sa matérialisation; elle se traduit par le geste et ce geste est essentiellement cénesthésique. Le geste ne s'arrête plus à l'accident matériel, il devient écriture ; il synthétise dans sa soudaineté l'être tout entier et sa présence au monde. Il trouve son expression dans sa spontanéité et son intensité. Le geste cénesthésique est le révélateur de structures préexistantes mais encore inconnues. Il est la réconciliation de l'être avec lui-même et avec son milieu ; il libère et enrichit en manifestant des données fondamentales, il permet de participer à l'univers moderne où l'espace s'identifie au temps. Cette peinture devrait nous permettre de saisir la cénesthésie du monde.
La cénesthésie est la donnée globale traduisant en sensation consciente le fonctionnement végétatif de l'organisme. La cénesthésie résulte des sensations internes de nos organes, elle est le fondement de la personnalité physique, de la conscience, de la vie, de la notion de durée ; elle comporte des sensations de fatigue, de bien-être et de bien d'autres choses qui restent indéfinissables, mais dont la tonalité affective est toujours très marquée.
Maryse Haerdi, 1967