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L'art contemporain à l'heure de la cénesthésie : Eurogalerie, été 1967
Depuis un siècle, la notion de beauté idéale est morte. Il a fallu un demi-siècle au grand public pour s'évader du rêve idéaliste de la renaissance, pour accepter Manet et les impressionnistes, mais il refuse encore à doubler le cap de l'abstraction, comme si la finalité de la peinture était la description du réel.
L'art contemporain exploratoire Pourtant, nous vivons le siècle du non-retour et notre époque ne saurait continuer à s'exprimer avec le langage d'hier. Le monde n'est plus ce qu'il était, n'est pas ce qu'il sera; notre compréhension de l'univers est nouvelle, notre société recherche une nouvelle structure, notre art détermine un nouvel espace. La sensation d'un ordre précède toujours les lois que lesquelles il se fondra. Dans une civilisation qui se cherche, nous ne pouvons attendre d'un artiste qu'il exprime ce qui n'existe pas encore, qu'il exploite esthétiquement des rapports entre l'homme et l'univers qui demeurent inconnus. Notre société n'ayant pas encore érigé ses mesures, établi sa hiérarchie, nos artistes se trouvent privés de cadre d'expression. Ne pouvant réaliser, il leur reste à explorer. Il n'est pas possible de commencer une œuvre par l'idée, si celle-ci n'est pas explicitée ;
Esthétique de l'art classique et de l'art contemporain Aux époques classiques, l'esthétique revient à donner une forme plus parfaite au fond; dans les époques de mutation, on cherche à matérialiser un signe auquel il restera à donner un sens. Qu'importe si la signification précède la réalisation ou l'inverse, puisque le chef-d'œuvre ne sera jamais rien d'autre que cette création miraculeuse ou s'équilibre la forme et le fond, le signe et le sens ! On ne saurait comprendre l'art contemporain en s'isolant du contexte de l'histoire. Celui-ci est double: d'une part, notre compréhension de l'univers est radicalement nouvelle, d'autre part la peinture a retrouvé sa fonction; langage de formes et de couleurs et non moyen de traduction, création et non interprétation. Par les progrès de la science, nous sommes devenus conscient d'être devenus incapables d'ajouter quoique ce soit à l'univers, mais en même temps cette conscience nous révélait la relativité de toute affirmation. La réalité est insaisissable dans sa complexité et nous ne pouvons qu'en saisir ce que nous attendons, mais à chaque étape, notre connaissance du monde devient un peu plus riche.
Art Abstrait, Art figuratif Si la peinture a retrouvé son autonomie et sa puissance, c'est parce que l'art abstrait est né de l'art figuratif. L'art abstrait s'opposa à l'art figuratif par l'affirmation de la réalité des formes et des couleurs contre celle des apparences ou de l'anecdote. Pendant un demi-siècle, il fallut prendre farouchement parti contre le visible pour imposer une nouvelle conception, il fallut tout sacrifier pour que le langage retrouve sa liberté. Aujourd'hui, tout redevient possible, les antinomies s'effacent. La peinture ne décrit plus, quitte également le laboratoire de l'exclusive pour ressembler à cette image intérieure que nous n'arrivons pas encore à définir. L'art abstrait c'était la présence calculée du monde, l'art gestuel la présence instinctive de l'être, l'un et l'autre se rejoignent, dans une nouvelle figuration de la vie et de l'infini. La peinture est prise de conscience, prise de possession du monde à travers le support de la toile. La bonne peinture crée un espace où les limites de l'univers sont conjuguées aux possibilités de la conscience. Elle représente un moment d'existence..
La peinture contemporaine à l'heure de l'art cénesthésique La peinture contemporaine, c'est la prise de conscience de soi par rapport à l'univers et nous ne devrions plus employer pour la désigner les termes caducs d'art abstrait ou de non-figuratif ; nous sommes à l'heure de l'art cénesthésique. La cénesthésie, selon la définition du dictionnaire Larousse, c'est : " la donnée globale traduisant en sensation consciente le fonctionnement végétatif de l'organisme. La cénesthésie résulte des sensations internes de nos organes, elle est le fondement de la personnalité physique, de la conscience, de la vie, de la notion de durée ; elle comporte des sensations de fatigue, de malaise, de bien-être, et de bien d'autres qui restent indéfinissables, mais dont la tonalité affective est toujours très marquée ". La peinture contemporaine est simultanément connaissance et expression, découverte d'une possibilité d'être et sa matérialisation. La science, le calcul, l'art géométrique, c'est la thèse de notre époque; la relativité, le hasard, l'instinct, l'action painting, l'antithèse ; l'art cénesthésique représente la totalité, le geste redevient sens. L'art contemporain est constamment mis en danger par la technicité. Si pour les précurseurs la technique est un moyen d'accès à la liberté, chez les suiveurs elle devient finalité. Or seule la liberté permet d'accéder à l'inconnu, but suprême de l'art. Le geste ne doit pas s'arrêter à l'accident matériel, mais devenir écriture ; le geste doit synthétiser dans sa soudaineté l'être tout entier de sa présence au monde. Il doit trouver son expression dans son intensité. Le geste véritable est cénesthésique. Il réfléchit quelque chose qui est auparavent pensé et vécu. Par l'immédiateté de la sensation et de l'action, la peinture cénesthésique permet la découverte de structures péexistantes.
Geste, peinture, espace et temps Ce qui caractérise l'époque contemporaine est sa nouvelle compréhension de l'espace et du temps. A l'apparence fixe et inamovible de la renaissance a succédé le sentiment d'un monde en constant renouvellement, à un espace mesurable par le geste humain, un espace compté par la vitesse de la lumière. L'énergie micro-organique met en cause la fixité de l'apparence ; les limites de l'infini reculent et l'infini d'hier devient aujourd'hui mesurable. Le peintre contemporain est obsédé par l'infini et la vie ; le geste accomplit la synthèse de l'espace et du temps. J-L Daval, 1967
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