La restauration artistique : la technique au service de la sensibilité ?
Au fur et à mesure que la poussée sensible se fait de l'intérieur vers l'extérieur, l'expansion de l'art expérimental contemporain subit une pression faite par notre société pour l'étouffer.
Partout dans les pays occidentaux on restaure: de Florence à Paris, en passant par Londres, Rome, Amsterdam, Vienne, etc, tout est restauré: l'architecture, les antiquités, la peinture.
Dans les musées la plupart des tableaux anciens sont bien polis, brillants. Les personnages ont le même regard, les mêmes couleurs selon la technique des restaurateurs. C'est sans bavure, bien aligné, comme dans des cités dortoirs. Où est le vrai, puisque le vrai est devenu faux, et le faux vrai? En restaurant, sachez le bien, c'est la touche sensible du peintre qui est ainsi tuée, son monde sensible, son monde sacré. Lui seul peut le transmettre, il n'est perceptible que si l'on est face à la toile, l'individu seul face à l'oeuvre d'art intégrale.
Pour le découvrir, je ne le nie pas, nous avons encore besoin d'une connaissance historique que peuvent nous apporter les restaurateurs à travers les films, les clichés, les livres, mais seulement à travers ce matériel. De grâce, chaque chose dans son contexte !
Ce qui est important, c'est l'homme dans le monde où nous vivons, de connaître son époque, le monde sensible qui nous entoure et les possibilités qu'il nous offre. Or jamais vous ne pénétrerez ce monde dans les musées où tout est restauré, tenus par des historiens technocrates qui tirent profi de la grande confusion dans laquelle se trouve actuellement l'art.
Là aussi, et surtout là, la technique au service de la sensibilité et non la technique tuant la sensibilité!
Maryse Haerdi