5 peintres cénesthésique oui ou non , Eurogalerie 1967-1968

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Bryen, Degottex, Duvillier, Lérin, Benrath

 
 

Camille Bryen, les lunettes cénesthésiques:

 
La vie végétative est-elle aussi notre seule vie intérieure? et même si elle l'était, serait-elle pour cela le lieu privilégié de la genèse de la peinture abstraite? 
Jean Paulhan donne cette description physique du peintre en peinture :  
"Bryen dans ses combats contre la toile grince des dents, ricane, hurle, éclate, sue.
Ne s'agit-il pas plutôt de kinesthésie ? 
Mais au-delà des mots l'aventure…  
 
Camille Bryen, Dessin 
Camille Bryen, Dessin 
 

Degottex , Paris, 4 novembre 1967:

 
L'objet de l'art serait pour moi d'endormir les puissances actives ou plutôt résistantes de notre personnalité - de la personnalité. " Vides ", " Métasignes ", " Métasphères ", " Hors ", " Hors-sphères " témoignent de cette recherche par-delà l'aise et le malaise cénesthésique. 
 
Jean Degottex, Horsphère arrachée 
Jean Degottex, Horsphère arrachée '120 x 80) Huile / Bois, 6//1967 
 

Duvillier, Montreux, le 28 octobre 1967:

 
Cénesthésique, oui ! au plus haut degré. Cette appellation correspond à ma manière de vivre. Elle me va tout à fait, beaucoup mieux que gestuel, abstrait lyrique ou nuagiste et j'en passe ! Enfin voilà pour moi, un mot clair, qui n'est pas entaché de technique, d'esthétisme ou de littérature, qui explique au mieux les sensations internes physico-mentales de mon être et leur extériorisation dans le monde. A chaque choc que j'ai reçu : la mer, le voyage aérien, le regard, tout mon être a été ébranlé dans sa totalité physico-mentale. Tout cet ébranlement cénesthésique se retrouve dans l'œuvre peinte : dans chaque thème, dans chaque toile, dans chaque geste. Ce geste cénesthésique, est non seulement le geste qui exprime l'être dans son authenticité, mais est aussi le geste libérateur qui met en plein jour ce qu'il y a de plus inconnu en moi. Et c'est dans l'angoisse que je m'efforce maintenant de plonger, dans la cénesthésie des mondes.  
Artiste ou non, cénesthésiques nous le sommes tous ! Alors faisons surgir au plus vite cette cénesthésie! Ce que j'essaie de faire. 
 
René Duvillier, rencontre des deux regards 
René Duvillier, rencontre des deux regards, 120F - 1967 
 

Extraits du texte de Fernando Lérin

 
La cénesthésie est un problème auquel je ne comprends pas grand-chose, mais je vais donner mon opinion quand même. 
Je veux seulement exister, vivre, faire ce que je peux, ni plus ni moins - je suis n'importe qui. 
 
Ma peinture ne définit rien, mais aide les autres à se comprendre, à devenir eux-mêmes en pensant ce qu'ils veulent. - Je donne à ma peinture un univers à multiples dimensions. - Je suis dans une réalité en devenir et je néglige la réalité présente pour la dépasser. - Rester dans le domaine de la cénesthésie, c'est traduire des phénomènes d'action pour leur donner seulement une réalité présente. - Dans la peinture que je fais, je mets la sensation d'angoisse, de vide, de néant. - Je ne mets rien dans ma peinture, j'attends simplement qu'il se produise quelque chose. - Je n'ai ni besoin de chercher, ni besoin de trouver, j'attends la vie. C'est l'unique chose qui m'intéresse. - Ni plus ni moins - la vie - un état - je suis dans l'absurde, dans le néant, dans l'absolu - je suis dans tout, dans rien, je suis dans l'attente - dans l'attente de quelque chose, mais qu'on ne me dise pas qu'il va se passer quelque chose.  
 
Fernando Lérin, Monde en gestation 
Fernando Lérin, Monde en gestation, Huile / toile, 40F - 1964 
 

Frédéric Benrath

 
Je n'ai pas d'opinion très précise sur la peinture en général et sur moi encore moins. La nature de ma peinture se confondant avec ma propre nature, je ne puis établir aucune dissociation me permettant de m'objectiver. 
Physiologiquement, je suis harcelé par des maux de tête qui provoquent des réactions du système nerveux de nature quelque peu angoissante. Je ne puis donc faire autrement que de m'en accommoder. 
L'angoisse se développe, l'atmosphère devient vite irrespirable rétrécissant progressivement l'espace mental dans lequel je vis. Mais plutôt que de fuir dans l'inaction je me vois contraint de plonger au cœur même de l'opacité de la nuit. Il me semble que je suis poussé à une action involontairement volontaire, d'un état négatif j'évolue vers un état positif. L'univers qui m'entoure est-il celui qui nous entoure ou comme le disait Jean-Paul, est-ce moi-même qui me vois ? 
Je peux supposer que ce moment d'existence où je me dissous, devient effectivement sur la toile un geste cénesthésique par l'immédiateté de la sensation et de l'action. 
Mais ce geste qui serait la cénesthésie même serait pour moi une cénesthésie de peur, liée à une angoisse que je ne puis conjurer puisqu'elle est elle-même ma nature profonde. Je crois que nous arrivons au seuil de l'interrogation car, comment définir l'action d'un être qui se dissout dans son espace mental qui est l'espace le plus lié à l'obscur ? Comment démonter le mécanisme de cette FATALITE qui s'impose d'elle-même jusqu'à gommer l'identité de l'être ? 
Je ne pense pas que nous puissions faire autre chose que d'interroger. L'angoisse arrive à un point extrême où il n'y a d'autre issue que la " fuite au sein du cosmos ", le peintre lié à son péril peut enfin parvenir à un certain équilibre dans la matérialisation de ce moment d'existence. 
 
 
 
Exploration de l'air 13 

responsable éditorial : Christian Hardi
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